ActualitéECHOS D’AFRIQUEECHOS DU MONDELux mea lexSociété/Environnement

Note de lecture – «Cheikh El Hadji  Malick Sy : un Soufisme de Conscience et d’Espérance»/ Bakary Sambe explore trois œuvres de Maodo

Dans un essai de 122 pages, publié dans les éditions Sirius, et au titre révélateur : Cheikh El Hadji Malick Sy : un Soufisme de Conscience et  d’Espérance, Dr Bakary Sambe, directeur de Timbuktu Institute, soumet à la réflexion trois œuvres majeures de Maodo : (Zadjrul Qulûb (objurgation des cœurs) ;  Yâ kâshifa al-Dâ’ wal-Aswâ (ô Toi qui dissipes le mal et les maux) et  Falâ  Budda min Shakwâ). L’enseignant-chercheur relève que la pensée du guide spirituel et soufi de Tivaouane qui traverse ses trois écrits est : «le renoncement consciencieux au monde et le plein engagement dans ce même monde ne sont jamais deux logiques concurrentes». Maodo prône un «ascétisme actif», qui ne tourne pas le dos au monde ici-bas, mais en fait le chemin qui mène à l’Eternel.

Dr Bakary Samb, auteur de l’Essai

Et si la véritable victoire n’était jamais celle que l’on rapporte sur autrui, mais celle, plus silencieuse et plus exigeante, que l’on remporte sur soi-même ? Que reste-il de nos vies lorsqu’on ose les mesurer à l’aune, du dénuement, de la vérité nue, de notre condition ? Peut-on encore, dans un monde saturé d’images  et d’ego, faire l’éloge d’une humilité qui ne soit ni faiblesse ni renoncement, mais la conquête la plus haute d’un cœur enfin lucide sur lui-même ?

C’est à ces interrogations que Dr Bakary Sambe, enseignant-chercheur au Centre d’étude des religions de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis (Ugb), soumet l’œuvre poétique et spirituelle de Cheikh El Hadji  Malick Sy dit Maodo. La lecture croisée de trois écrits majeurs (Zadjrul Qulûb (objurgation des cœurs) ;  Yâ kâshifa al-Dâ’ wal-Aswâ (ô Toi qui dissipes le mal et les maux) et  Falâ  Budda min Shakwâ) du grand guide spirituel soufi, a permis à l’auteur de l’essai de 122 pages, au titre révélateur : Cheikh El Hadji Malick Sy : un Soufisme de Conscience et  d’Espérance, d’adresser une simple mais profonde question : et si l’espérance n’était point un vœu pieux, mais la conséquence la plus rigoureuse d’une Miséricorde qui n’exclut personne ?  Et si la conscience de notre propre fragilité était, en définitive, la seule voie vers une véritable paix intérieure ?

Le Directeur de Timbuktu Institute, met la pensée de Maodo à l’épreuve des grandes interrogations universelles sur l’humain, le spirituel et la destinée. La lecture des trois œuvres du Soufi Sénégalais a permis, à Bakary Sambe, de tirer la conclusion que chez Maodo, le renoncement consciencieux au monde et le plein engagement dans ce même monde ne sont jamais deux logiques concurrentes.

Les métaphores de Maodo : La mer, la noyade et la soif

Le grand guide enseigne que l’aspirant, se débattant en pleine mer, est perpétuellement entre la crainte de la noyade et l’espérance d’arriver à bon port s’il est habité par la foi en la Miséricorde. Malheureusement, souligne le sage, des obstacles se dressent sur le chemin de l’espérant dont l’âme charnelle fera perdre la bataille élévatrice contre soi-même. «Tu n’es préoccupé que par les biens matériels et les honneurs, mais tel ne peut être l’attitude des dignes d’élévations. Craignez Dieu» (Zadjrul Qulûb, ver 32).

Maodo qui tente de dissuader l’aspirant qui se laisse prendre dans l’étreinte de la gloire et des désirs futiles,  renchérit en comparant le désir de mondanités et l’ambition démesurée de boire la mer qui n’étanche point la soif mais l’attise : «Quiconque le désir est comparable à celui qui ambitionne de boire la mer ;  plus il pense s’abreuver, plus il est suffoqué d’une soif ardente » (Zadjrul Qulûb, ver 56). Dans la même œuvre, en des termes assez sévères, le guide spirituel peint le monde ici-bas comme celui où  des «charognes se disputeraient  des chiens»(ver 9).

Sur les sentiers de la spiritualité, Maodo invite l’aspirant à engager le combat contre l’ego qui cherche, sans cesse, à prendre le dessus : « Ne soit jamais satisfait de tes actions et ne t’enorgueillis jamais » (Zadjrul Qulûb, ver  94). Pour le  Soufi de Tivaouane, le chemin de la quête de la certitude, demeure le meilleur guide vers la modestie et l’humilité purificatrices, relève Dr Bakary Sambe.

La mort est toujours proche…

Maodo rappelle aux aspirants, adeptes des mondanités, que la mort est toujours proche : «Ô toi (voyageur) bâtissant sur le lieu d’hospitalité (temporaire), ne sais-tu pas que le départ est tout proche » (Zadjrul Qulûb, ver  22). Le sage de Tavaouane demande à l’homme «finissant » s’accrochant au «finissant», de s’agripper à l’Eternel qui ne sera jamais absent à ses côtés (Ver.25).

Mais comme le souligne l’auteur de cet essai, l’ascèse à laquelle invite le Sage de Tivaouane est loin d’être une fuite du monde, mais «à s’y tenir debout, avec lucidité, avec humilité, sans jamais se laisser emporter par ses vanités ni écraser par ses épreuves » (préface, p.13, signé Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al-amine). C’est ce que Bakary Sambe appelle «l’ascétisme actif»(p55) de Maodo, mariant le « Hâl et Himma», une véritable philosophie de l’action qui a toujours l’Espérance en ligne de mire.

Bacary Domingo Mané

(Mondeafrik.com)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *