TCHAD: Le Président Mahamat Idriss Déby dans la tambouille des drones de Hamdan Dogolo et Al-Burhan (Confidentiel Afrique)
Le Tchad vit aujourd’hui une crise existentielle qui dépasse la simple lecture géopolitique. Le président Mahamat Idriss Déby Itno- se retrouve depuis le déclenchement avril 2023 de la sale guerre des généraux soudanais, opposant Mohamed Hamdan Dogolo alias Hemedti à Al Burhan- au cœur d’un étau d’une rare intensité, pris entre menaces transfrontalières et fragilités internes qui menacent la survie nationale. Enjeux
Un “cercle de feu” à déflagration qui touche l’intégrité territoriale du Tchad. C’est justement auquel fait face l’État tchadien qui compte riposter à la hauteur des menaces interminables au coeur d’une guerre entretenue par deux généraux et ennemis jurés. La frappe de drone meurtrière à Tiné en territoire tchadien, ayant coûté la vie à 19 soldats tchadiens, illustre la porosité dramatique de la frontière orientale. Le conflit entre les SAF d’Al-Burhan et les RSF d’Hemedti s’exporte désormais par les airs, effaçant les limites territoriales.
Après Mahamat Deby, Gassim Chérif Mahamat monte en première ligne
Fin février 2026, le président Mahamat Deby Itno Alias Kaka avait menacé de fermer ses frontières longues de 1300 km avec le Soudan. Sa mise en exécution est désormais effective. Gassim Chérif Mahamat, Ministre de la communication porte parole du gouvernement Tchadien a pris le relais pour réduire à grande vitesse la déflagration. Il compte remettre de l’ordre dans les affaires sécuritaires de l’État. Sur un ton ferme, Gassim Chérif Mahamat balance: » Nous avons pris toutes nos dispositions pour sauver et défendre l’intégrité du territoire national. Une enquête est en cours pour déterminer les responsabilités des frappes sur Tiné et leurs commanditaires ».
Qui de Hemedti ou de Al Burhan est le fantôme de Tiné ?
En attendant de lever le voile sur les « vrais » commanditaires des frappes de Tiné qui suscite des vagues de polémique, la médiation des bons offices du président du Tchad reste à l’ordre du jour. Ndjamena met la dernière main sur la copie pour la tenue imminente d’un mini- sommet régional au Tchad dont la date devra être communiquée et qui va réunir les principales forces belligérantes en conflit. La crise Soudanaise a entrainé 1 million de réfugiés, de déplacés qui sont accueillis sur le territoire tchadien. Un enjeu à la fois démographique et sécuritaire aux consequences désastreuses à prendre au sérieux par les autorités tchadiennes.
N’Djamena se retrouve dans une position diplomatique intenable : accuser l’un ou l’autre camp reviendrait à s’aliéner un voisin capable de déstabiliser le pays par procuration. À cette incertitude s’ajoute un choc démographique majeur : près d’un million de réfugiés et déplacés exercent une pression insoutenable sur des ressources naturelles déjà rares, exacerbant les tensions intercommunautaires dans l’Est. La fermeture des frontières annoncée pour fin février 2026 apparaît comme un aveu d’impuissance sécuritaire, risquant d’asphyxier les échanges commerciaux et d’aggraver la précarité locale.
À l’Ouest, la résilience de Boko Haram et de l’ISWAP contraint l’armée tchadienne à maintenir des effectifs massifs, grevant un budget national exsangue.
Au Nord, la frontière libyenne demeure une passoire pour les trafics d’armes et les incursions rebelles. Les opérations militaires incessantes dans le Tibesti épuisent le moral des troupes et les stocks de munitions.
Le danger ne vient pas seulement des frontières. À l’intérieur, le contrat social vacille. Les violences intercommunautaires entre éleveurs et agriculteurs se militarisent, alimentées par la circulation incontrôlée d’armes de guerre. La transition politique, perçue par une partie de la société civile comme une prolongation du système Déby, nourrit un terreau explosif à N’Djamena.
Relance de la machine diplomatique avec Paris est un impératif stratégique
Le rapprochement avec Paris n’est pas une simple rémanence coloniale, mais une nécessité stratégique. Le Tchad a besoin de renseignements satellitaires pour surveiller ses 1 300 km de frontière soudanaise, d’un soutien logistique pour maintenir une armée déployée sur trois fronts, et d’un levier diplomatique au Conseil de Sécurité de l’ONU pour faire face à la crise humanitaire.
Dernier verrou de stabilité relative dans une région en plein basculement, le Tchad risque de provoquer un effet domino en Afrique centrale si ce verrou venait à céder. Mahamat Idriss Déby Itno joue sa survie politique et physique sur sa capacité à arbitrer entre Al-Burhan et Hemedti, tout en contenant une colère sociale interne prête à s’embraser.
Un chiffre résume l’alerte : 1 300 km de frontières fermées ne suffiront pas à stopper l’onde de choc d’un conflit soudanais désormais exporté par drones.
Par Oussouf DIAGOLA et Pierre RENÉ (Confidentiel Afrique)

