Hommage aux martyrs de la déraison – La justice, seul chemin de la paix !
Par Bacary Domingo Mané
Ils ont formé un cercle, le long du fleuve de l’Eternité, chacun exhibant sa blessure. Les martyrs tournent en boucle, dans un silence glacial, le visage non expressif, le regard fixant un horizon sans point d’ancrage. Ils ne sentent plus leur corps vidé de son sang. Leur âme erre sans cesse, cherchant à s’accrocher aux branches du néant.
Les exilés de force, les sacrifiés de la République de Macky Sall attendent la traversée salutaire et salvatrice du fleuve de l’Eternité. Ils n’arriveront pas à la rive, tant que l’eau purificatrice ne débarrassera, ces âmes arrachées à la terre, des souillures de bourreaux au cœur encastré dans des blocs de pierre. L’humanité s’est échappée de leur poitrine en acier.
Les martyrs et leurs familles ne feront pas leur deuil tant que la justice ne dira pas la vérité. Sans elle, la réconciliation n’est qu’un mensonge, un voile posé indélicatement sur des blessures béantes.
Que dire alors des blessés, des mutilés de «guerre» de la démocratie ? Certains porteront fièrement leurs blessures, d’autres les dissimuleront sous la chemise, le pantalon, le pagne ou la jupe. Des blessures qui ne se cicatriseront pas sous le poids des corps en ruines. La douleur physique et morale est devenue leur compagnon et chaque sourire une trahison de leurs larmes
Le silence bavard de la justice est un attentat perpétré contre la mémoire. L’oubli est alors une violence symbolique plus cruelle que la mort. Demander le pardon sans la vérité, c’est condamner les tombes encore fraîches au silence.
Les martyrs doivent parler aux vivants pour que chaque narratif ou récit résonne dans le ventre de la République, pour que les enfants de la cité puissent mieux apprécier la vie et les rêves qui s’y greffent.
Ils n’ont pas choisi la mort et les bourreaux, sans leur demander leur consentement, ont interrompu leurs rêves. Ne laissons pas leur âme flotter dans le vide, ils ont, au moins, droit à la dignité de la mémoire. Et c’est de cette façon que nous donneront à leurs familles la force d’espérer.
Nous avons l’obligation de porter leur nom comme des drapeaux, Ce sont des légendes qui vivront dans la lumière de la mémoire de la République. Et la justice est le seul chemin vers la paix. Sans elle, la réconciliation n’est que pure cosmétique, une farce au mauvais goût.
Bacary Domingo MANE (Mondeafrik.com)

