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Vaccin : Sanofi donne l’avantage aux USA et crée une polémique

Sanofi réservera-t-il aux Etats-Unis la primeur d’un éventuel vaccin contre le Covid-19 ? Évoquée par le groupe, qui renvoie l’Europe à ses responsabilités, l’idée provoque une série de réactions indignées et pousse à réagir Bruxelles comme le gouvernement français.

« Le vaccin contre le Covid-19 doit être un bien d’utilité publique et son accès doit être équitable et universel », a déclaré jeudi un porte-parole de la Commission européenne, Stefan de Keersmaecker, au lendemain de propos tenus par Sanofi. Pour le Premier ministre français Edouard Philippe, « l’égal accès de tous au vaccin n’est pas négociable ».

Le groupe avait, en effet, prévenu la veille qu’il réserverait probablement aux Etats-Unis la primeur d’un éventuel vaccin contre le nouveau coronavirus, car les autorités américaines ont investi dans son développement. Les Etats-Unis pourraient ainsi bénéficier d’une avance de plusieurs jours ou semaines, selon le directeur général de Sanofi, Paul Hudson, qui s’exprimait dans un entretien à l’agence Bloomberg.

Ces déclarations ont suscité des réactions indignées dans le monde politique français, de l’opposition de gauche à celle d’extrême droite. Dans le premier camp, le chef de file des socialistes, Olivier Faure, a dénoncé les « jeux du marché », évoquant le bien-fondé d’une nationalisation. Dans le second, Marine Le Pen, patronne du Rassemblement national, a appelé au « patriotisme économique », jugeant que Sanofi « n’est plus une entreprise française ». De fait, les actionnaires du groupe sont, à plus de 60%, des investisseurs étrangers.

La polémique a également débordé du monde politique, l’ONG militante Oxfam s’insurgeant contre des informations « tout simplement scandaleuses » et critiquant « la recherche de profits par les géants de l’industrie pharmaceutique ».

Face à ces réactions indignées, la secrétaire d’Etat à l’Economie, Agnès Pannier-Runacher, et son collègue de la Santé Olivier Véran, ont assuré avoir contacté Sanofi et obtenu de lui la garantie qu’un vaccin serait accessible à tous.

– « Pourparlers » avec l’Europe –

C’est également le message que répète le groupe depuis mercredi soir, assurant qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir quant au fait que certains pays seraient privés d’un tel traitement.

De fait, le monde « ne sera pas démuni » si un laboratoire comme Sanofi trouve un vaccin, a approuvé le virologue Bruno Lina, membre du conseil scientifique français, tout en regrettant de devoir systématiquement accéder à une « préférence nationale » aux Etats-Unis.

Car Sanofi n’exclut toujours pas l’éventualité de distribuer d’abord un vaccin aux Etats-Unis et, seulement ensuite, dans les autres pays dont l’Europe.

Théoriquement, « l’objectif, c’est que le vaccin soit disponible à la fois aux USA en France et en Europe de la même manière », a promis jeudi le patron du groupe pour la France, Olivier Bogillot, dans un entretien à BFMTV. Mais, dans les faits, cela sera possible « si les Européens travaillent aussi rapidement que les Américains », a-t-il précisé.

Le responsable de Sanofi a ainsi renvoyé les autorités européennes à leurs responsabilités, soulignant que les Etats-Unis avaient déjà promis plusieurs centaines de millions d’euros, en plus de faciliter les démarches réglementaires pour permettre les recherches.

« Les Américains sont efficaces en cette période. Il faut que l’UE soit aussi efficace en nous aidant à mettre à disposition très vite ce vaccin », a insisté M. Bogillot, rapportant en être au stade de « pourparlers » avec les autorités européennes ainsi que des pays comme la France et l’Allemagne.

M. Véran a, à ce titre, expliqué, lors d’un déplacement à Lyon, être en train de travailler à une « alliance » avec d’autres pays européens pour faciliter le développement d’un vaccin.

Quant aux recherches elles-mêmes, où en sont-elles ? Le responsable de Sanofi a confirmé qu’il tablait toujours sur un vaccin prêt d’ici à 18 à 24 mois, soulignant à quel point un tel calendrier était rapide par rapport à la normale.

En temps normal, « développer un vaccin, ça prend dix ans », « on essaie d’accélérer toutes les phases ».

L’autorité européenne du secteur, l’Agence européenne des médicaments a, elle, évoqué jeudi un possible vaccin d’ici un an, mais prévenu qu’il s’agissait du scénario le plus optimiste dans la course aux vaccins. Euronews

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