Hommage – El Hadj Moussa Dramé: un écrin du journalisme et de l’ enseignement
Par Papis Diop, ami du défunt
Un baobab est tombé. El Hadj Moussa Dramé est parti sur la pointe des pieds. Il s’est retiré du monde d’ici- bas en toute discrétion comme il a vécu. Je perds un ami, un confident, un frère d’une générosité exceptionnelle. Notre compagnonnage a duré plus de trois décennies, du collège Mapaté Diagne de Sedhiou à la vie active, en passant par l’implication dans le mouvement associatif. El Hadj Moussa, chaque fois qu’il venait à Dakar, partageait la même chambre avec moi.Quand il est parti pour sceller mon mariage à Ziguinchor,accompagné de l’Imam Sagna et M. Kamara, comptable de l’ARD de Sedhiou, j’ai compris qu’il n’était plus possible de disposer d’un studio mais il fallait prendre un appartement plus spacieux. Dans cet appartement, j’avais réservé une chambre à mon cher ami El Hadji Moussa qui est un homme pétri de valeurs cardinales. Son enracinement dans la tradition du Pakao était connu de tous, tout comme son patriotisme de terroir.
Directeur de la radio Gabou Fm, Elhadji Moussa avait l’habitude d’organiser tous les 31 décembre un débat avec les chefs de services régionaux .Mais, avant d’aller à ce grand rendez-vous annuel, il passait à la maison me souhaiter un joyeux anniversaire. El Hadji et moi étions très liés, cet événement majeur qu’il avait créé à la radio coïncidait avec mon anniversaire.
Un autre fait loin d’être anodin qui témoigne de nos destins imbriqués, c’est que nos numéros de téléphones se suivent alors que nous n’avons pas acheté nos deux puces ni le même jour ni au même endroit. La première fois que je sortais du pays pour aller en Espagne, j’avais prié que El Hadji Moussa me suive. Trois mois après, il viendra en Espagne, après la fin de ma mission.
Le journaliste qui excellait aussi bien en presse écrite qu’en radio doublé d’un pédagogue, aimait sa ville natale comme le Muphti, le Coran. Tout le monde connaissait le défunt dans son engagement au service exclusif de la cité qui l’a vu naître. Moussa était plus qu’un citoyen modèle très dévoué envers son terroir, mais il était aussi un pédagogue hors pair qui a épuisé les charmes du métier des soldats de la craie.
Ayant fait les ordres d’enseignement les plus délicats et fastidieux: l’élémentaire et le moyen, Moussa peut être considéré comme un homme dont la vie était consacrée à l’école, lieu par excellence où l’on forge des hommes accomplis capables de tenir entre leurs mains le destin de leur peuple.
La disparition de cet homme à la sagesse mémorable et aux qualités exceptionnelles laissent la communauté sédhoise dont il est un pan important de l’âme, dans l’émoi et la douleur atroce. Moussa n’a pas seulement plongé sa famille et ses proches dans la tourmente mais il laisse des coeurs qui saignent et geignent dans toutes les chaumières du Pakao. Son souvenir restera vivant et vivace dans les esprits. Il est certes parti pour de bon, mais son image, ses actes et sa vision marqueront à jamais. Il aura rempli sa vie pour avoir servi sa communauté et surtout donner le meilleur de lui-même afin que se forment et s’informent les hommes. Mon autre – moi était un homme qui oeuvrait pour l’humanitaire. Son appui est réel dans les écoles, les hôpitaux. Il intervenait dans le cadre de la médiation à la Maison d’arrêt et de correction, au Tribunal, à la Gendarmerie et à la police.
Ses relations très étroites avec les Imams de Sédhiou font de lui un homme très pieux et ouvert à la religion.
Outre ses qualités d’enseignant chevronné, Moussa avait un talent réel en journalisme. Sa voix radio et surtout empreinte de solennité et de professionnalisme a fait connaître les réalités les plus profondes du Pakao et surtout les potentialités de la belle cité du Sud.
À ses collègues, sa famille, ses proches, je demande de prier davantage afin qu’il puisse reposer en paix. Sa foi ardente et son attachement aux préceptes de l’islam nous font croire qu’une place de choix lui sera réservée par le Miséricordieux.
Cher ami, dors du sommeil des justes et ne regrette point ton séjour à l’au-delà. Très attaché à l’Islam, El Hadji Moussa Dramé militait pour l’entente islamo- chrétien. C’est pourquoi son dernier voyage à Dakar s’expliquait par la tenue du Colloque interreligieux organisé par la Fondation Konrad Adenauer, les 19 et 20 novembre à l’hôtel Fleur de lys du Point E. Venu prendre part à cet Atelier avec Ibrahima Diallo, correspondant de Sen tv à Sedhiou et PCA de la radio Gabou Fm, El Hadji Moussa Dramé rendit l’âme dans la capitale sénégalaise, le 22 novembre 2025. Une foule immense l’accompagnera dans sa dernière demeure à Sedhiou. Le Professeur Balla Moussa Daffé qui a assisté à l’enterrement de cet ami qui donna mon nom à son fils, ému, n’a pas manqué de noter :«Jamais de mémoire de Sédhiois, on n’a assisté à une foule si immense à un enterrement »
Ton ami Papis Diop entre les mains de qui tu rendis l’âme
Papis DIOP

